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L’IEIM vous présente Corinne Gendron, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l’ESG-UQAM

Elle est également directrice du CRSDD (Chercheur.e.s en responsabilité sociale et développement durable), 18 avril 2022

Corinne Gendron a beaucoup appris et exploré avant d’être professeure. Elle est aujourd’hui spécialisée en développement durable et en responsabilité et acceptabilité sociales à l’UQAM. Elle veut d’emblée « rassurer les jeunes ». « C’est normal de ne pas savoir ce qu’on veut faire dans la vie à 17 ans ». Elle ajoute : « quand j’ai grandi, on m’a toujours dit qu’il fallait avoir une ligne droite, que tout devait être bien calculé d’avance ; alors qu’à 17 ans, on se découvre en même temps qu’on découvre le monde ».

Bien sûr, elle a « toujours eu une sensibilité écologique » : enfant, elle allait dans un camp d’été « écolo avant l’heure » : les seuls savons autorisés étaient à la glycérine ; les aérosols étaient interdits. Elle passait tous ses étés dans la nature. Mais de là, rien n’a été linéaire.

Son parcours académique commence par le droit, parce qu’elle souhaitait avoir une formation « utile » : elle fait le cursus le plus général possible. À l’obtention du barreau, elle veut voir « le vrai monde » et entame un stage à l’aide juridique – une expérience marquante. Dans le même état d’esprit, sans idée précise de ce qu’elle voulait faire, elle réussit à intégrer un MBA en Marketing-Finance aux HEC. « Je me suis dit que j’aurais la formation la plus solide, et que l’on verrait bien ensuite ce que j’en ferais ».

L’éveil à la question environnementale se produit à l’issue de son MBA, en 1992, en pleine crise économique. Les opportunités professionnelles se raréfient. Elle obtient un contrat d’auxiliariat de recherche pour documenter la problématique environnementale, dans un contexte Nord-Sud. Elle découvre à cette occasion l’ampleur de la crise écologique. « J’ai été à plat pendant 6 mois en découvrant le désastre qui s’opérait sous nos yeux ». L’expérience la décide à y consacrer sa carrière.

La question environnementale lui semble une problématique qui dépasse la seule « gestion ». « Je n’avais aucune notion de sociologie à l’époque, mais j’avais d’emblée cette intuition [que c’était une problématique sociale] », et « je savais de réputation que le meilleur département de sociologie était à l’UQAM » - où elle s’inscrit et bénéficie de plusieurs bourses d’excellence.

[Comme elle le dit souvent,] ce qui m’a animée pour faire mon doctorat c’est la passion de l’environnement ; j’en suis sortie avec une passion pour la recherche.

Son cursus doctoral a fait d’elle une chercheuse passionnée, alors qu’elle a pu mettre à profit ses formations passées pour mieux appréhender les rapports entre entreprises et environnement.

Mais pour elle, s’« il faut multiplier les approches multidisciplinaires, on ne peut pas être d’emblée transdisciplinaire. Chaque discipline a sa rigueur, son noyau dur, ses concepts. Il faut maîtriser plusieurs univers disciplinaires, et non pas survoler les disciplines ».

Elle obtient son doctorat en sociologie, à l’UQAM, sur le discours des dirigeants de grandes entreprises sur l’environnement (qui reçoit le prix de l’IRÉC en 2001). Plus que sur le « système » économique, son regard se porte sur les acteurs sociaux.

Quand on parle de l’entreprise ou du marché, les dirigeants trop souvent s’effacent… Alors qu’ils ont énormément de pouvoir, d’influence, et prennent des décisions qui sont contingentes – ce sont des acteurs fondamentaux dans nos sociétés !

Dans une perspective tourainienne, elle interroge l’élite, les « acteurs sociaux avec lesquels on allait éventuellement nouer un nouveau compromis social au sujet de l’environnement ».

À l’époque, les idées reçues voulaient que les dirigeants de grandes entreprises ne connaissaient pas la problématique environnementale, ce qui expliquait leur manque d’action. Sa thèse lui permet de montrer que ces derniers avaient une connaissance plus approfondie de la problématique environnementale que la population en général - pas forcément plus pointue, ni même la même interprétation que les militants environnementaux… Mais elle souligne aussi que « contrairement à ce qu’on pense, les entreprises ne sont pas les dernières de la classe en termes de virage environnemental… »

En la matière, la « complexité » du réel revient souvent dans l’entretien. Sur le projet Baie-du-Nord par exemple, elle le rappelle, il y a des populations qui dépendent de ces ressources. Et le projet est encore « légal »… On ne peut donc « pas seulement dire aux populations qu’elles n’y ont pas droit ; qu’elles n’auront pas d’emploi ».

[Pour Corinne Gendron,] la seule stratégie possible, c’est un accompagnement du gouvernement pour soutenir les populations qui ne peuvent plus compter sur l’exploitation pétrolière pour s’enrichir. La transition énergétique, il faut qu’elle soit accompagnée dans une perspective de justice sociale. On ne peut pas juste dire : n’exploitez pas, car ce n’est pas bien… il faut aménager d’autres avenues de subsistance.

En ce sens, le changement requis par les impératifs environnementaux est « plus politique qu’organisationnel ».

En souriant, elle dit qu’en école de gestion on doit souvent se contenter d’une « sociologie de vulgarisation », sans avoir la chance d’approfondir les concepts et les théories qu’on mobilise. À travers ses recherches sur l’acceptabilité sociale, elle a pu réinvestir le champ de la sociologie des mouvements sociaux et développer de nouveaux cadres théoriques. Chacun à leur façon, le développement durable comme la RSE ou l’acceptabilité sociale sont des termes « controversés, investis par des acteurs avec des visées très différentes : fustigés par ceux qui voulaient aller plus loin, appropriés par ceux qui voulaient faire du greenwashing ».

Méthodiquement, elle s’attache à chaque fois à « prendre le terme, pour le déconstruire et le réinvestir sur le plan conceptuel ».

Elle parvient à dégager une définition signifiante du développement durable, en plaçant l’environnement comme une condition, l’économie comme un moyen, et le développement social comme une fin.

Idem pour la RSE. Le terme, développé dans les années 1920, faisait d’abord référence à un paternalisme d’entreprise, à un combat idéologique contre le communisme (avec pour objectif de montrer que les entreprises pouvaient prendre leurs responsabilités). Elle cherche aussi à clarifier les liens, alors confus, entre RSE et développement durable. La « responsabilité sociale, c’est le fait pour une entreprise de répondre aux impératifs du développement durable ».

Même chose enfin, avec le terme d’acceptabilité sociale, qui souffrait d’une image péjorative, notamment en France. Elle le réinvestit et le décontextualise pour en faire d’abord « un état de fait : est-ce qu’un projet est ou non accepté ? ». Elle lui « insuffle des contenus analytiques dans une perspective actionnaliste, et dans une perspective de légitimité ». Aujourd’hui, son utilisation est encore contestée. Pourtant « il ne s’agit pas d’imposer un concept pour l’imposer : simplement, il est extrêmement utile ! On a d’autres terminologies qui renvoient à des réalités voisines – celle de « controverses » par exemple : mais ça n’explique pas ce qu’on veut mettre en lumière avec l’acceptabilité sociale ; ça ne rend pas compte des mêmes dynamiques ».

En 2022, alors que le dernier volet du rapport du GIEC vient d’être publié, la catastrophe climatique s’est accélérée, rapprochée de nous. Comment ne pas tomber dans le pessimisme, les jugements moraux ? À ses étudiants éco-anxieux, elle rappelle que « l’une des meilleures recettes contre l’éco-anxiété, c’est l’action ». Elle est consciente de l’immensité des défis. L’échec est possible. « Il n’est pas sûr qu’on trouve des solutions, mais ce ne sera pas parce qu’on n’a pas essayé ».

C’est peut être un défi trop grand pour l’humanité ? On a aménagé notre environnement pour notre bien-être… Et on n’a pas peut-être pas les capacités de prendre des décisions pour préserver notre environnement. Peut-être que n’importe quelle espèce aurait eu ce problème-là.

Aujourd’hui, elle rêverait que l’on investisse d’avantage dans la recherche sur les comportements et les changements sociaux. Pour elle, on investit énormément dans les nouvelles technologies, mais il faudrait voir « comment on pourrait gérer autrement nos sociétés. Ce n’est pas la technique le problème, c’est notre mode de vie ».

Surtout, pour Corinne Gendron, s’il est difficile de faire changer les choses, ce n’est pas parce que les gens sont de mauvaise volonté. Elle conclut l’entretien sur une forme d’appel à l’écoute, à la négociation, à la compréhension : « c’est en tenant compte de cette complexité du monde que l’action pourra éventuellement être efficace ».

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