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François LaRochelle est fellow de l’IEIM et ancien diplomate canadien

Faire de la diplomatie en temps de crise sanitaire

L’article est paru dans La Croix, 27 avril 2021

Faire de la diplomatie en temps de crise sanitaire

Depuis le début de la crise sanitaire, privés des grands événements des relations internationales, les diplomates sont forcés de s’adapter. Accords négociés en visio, conférences et sommets par téléphone, comment se déroule la diplomatie en temps de pandémie ?

Le discours préenregistré d’Emmanuel Macron, ce jeudi 22 avril lors du sommet mondial sur le climat organisé à l’initiative de Joe Biden, démarre, sur invitation du chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken. Au bout de quelques minutes, soudain, le visage du président français se fige, puis disparaît, au milieu de sa prise de parole.

Sur l’écran géant apparaît, à sa place le président russe Vladimir Poutine, visiblement confus. Après un blanc de quelques secondes, Antony Blinken reprend : « Nous avons eu un problème technique ». La parole est rendue à Emmanuel Macron, et le discours du chef d’État français repart.

Depuis un an que dure la crise sanitaire, les relations internationales, au même titre que tous les échanges se tenant en format de visioconférence, connaissent leur lot de problèmes techniques et de soucis divers. Privés de déplacements, les diplomates ont pris l’habitude d’œuvrer à la marche du monde depuis leur bureau ou leur domicile, et grâce à une bonne connexion wifi.

La diplomatie bilatérale au ralenti

« Quand la diplomatie repose sur du réseautage plus personnel et qu’apprendre à se connaître est important, le faire derrière un écran, c’est plus compliqué  ». Joint par téléphone outre-Atlantique, François LaRochelle, ancien diplomate canadien et Fellow à l’Institut d’études internationales de Montréal (UQÀM) est catégorique : c’est la diplomatie bilatérale - les relations directes entre deux pays - qui a le plus souffert de la crise sanitaire.

Ce violent coup de frein mis l’an dernier à la frénésie des rencontres diplomatiques a particulièrement impacté les négociateurs européens, habituellement si proches de leurs homologues, confie Pierre Haski, journaliste expert en géopolitique sur France Inter, qui a réfléchi à cette nouvelle forme de diplomatie sous Covid dans l’une de ses chroniques matinales.

« Avant, souligne ce connaisseur des usages diplomatiques, il ne se passait pas 24 heures sans qu’un ministre français soit à Bruxelles. Les sommets européens, c’est un théâtre extraordinaire : il y a les chefs de gouvernement et les petits comités avec les tractations et les compromis. Aujourd’hui, des salles de visioconférence ont été aménagées dans tous les ministères ».

La grande diplomatie multilatérale des sommets et des accords internationaux, elle, n’a pas trop souffert d’après le diplomate canadien : « Les diplomates ont compris l’importance de s’adapter, ajoute François LaRochelle, parce que, pandémie ou pas, le monde continu de tourner et on doit continuer de négocier ».

Une diplomatie numérique

Quoique décriée, la nouvelle diplomatie numérique semble présenter des avantages : « À l’échelle des petites négociations, les visioconférences où chacun est chez soi créent une convivialité qu’on ne retrouve pas quand on fait une réunion internationale », assure le spécialiste canadien. Pouvoir rencontrer ses interlocuteurs virtuellement, lorsque les délégations ne sont pas indispensables, permet aussi aux pays de faire des économies…

Il se pourrait dès lors que certains de ces nouveaux usages diplomatiques soient conservés, à condition que puisse être garantie la sécurité des réunions à distance. « La plupart des pays et des organisations internationales ont leur propre système de communication sécurisé », estime François LaRochelle.

Sans doute. Pourtant, l’embarras fut réel, en novembre 2020, lorsqu’un journaliste néerlandais a réussi à s’introduire sans difficulté à l’intérieur de la réunion en visioconférence des ministres de la défense de l’UE. La faute à la ministre néerlandaise, Anlk Bijleveld - ou un membre de son équipe, selon le gouvernement - qui avait publié sur son compte Twitter une photo où l’on pouvait voir 5 des 6 chiffres du code PIN permettant l’accès à la réunion Zoom…

Reprise progressive des voyages diplomatiques

Ce sont plutôt les difficultés de traduction et de décalage horaire qui risquent de poser problème, sur le long terme.

Outre-Atlantique, Joe Biden a mis en place une diplomatie à plusieurs têtes pour renouer au plus vite les alliances internationales délaissées par Donald Trump. « Il fait de la diplomatie depuis le Bureau ovale et envoie ses émissaires sur le terrain », résume Sonia Dridi, auteure et journaliste spécialisée en politique américaine. Une stratégie qui semble porter ses fruits d’après l’experte, grâce aux relations de longue date du démocrate et à son administration tournée vers l’international.

Le président envoie toutefois, depuis quelques semaines, ses premiers diplomates sur le terrain. Son secrétaire d’État, Antony Blinken s’est déjà rendu deux fois à Bruxelles pour renouer les liens américains avec l’Otan. John Kerry, envoyé spécial sur le climat, a notamment représenté la nouvelle administration en Chine en amont du sommet climat du 22 avril.

En France, après une phase en tout distanciel au début de la pandémie, les rencontres en présence des intervenants ont peu à peu repris. Présent physiquement en Libye, à la fin mars, Inde, à la mi-avril, Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, a repris du service sur ce terrain.

Le chef de la diplomatie française traite des affaires internationales en respectant un protocole sanitaire très strict : « Les délégations sont réduites au minimum et il fait des tests PCR tous les jours », explique Pierre Haski, qui l’accompagne sur certains déplacements. Emmanuel Macron, lui, évite de quitter la France alors que les Français sont confinés, la diplomatie internationale est aussi affaire de politique

Pour lire l’article sur le site de La Croix : https://www.la-croix.com/Monde/Faire-diplomatie-temps-crise-sanitaire-2021-04-27-1201152914

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